Décalibre
Journal de l'horloger

Théorie d'horlogerie (Reymondin & al.) : le livre de référence des écoles suisses

Il existe un livre que l'on retrouve, corné et annoté, sur l'établi de presque chaque apprenti horloger francophone : la Théorie d'horlogerie de Reymondin, Monnier, Jeanneret et Pelaratti. Publiée par la Fédération des Écoles Techniques (FET) suisse, dans sa dernière édition 2022 de 376 pages, cet ouvrage est le manuel officiel utilisé au CIFOM, à l'École d'horlogerie de Genève, à celle de Porrentruy et dans la plupart des cursus CAP et BMA francophones. Son usage dans les cursus CFC, CAP et BMA francophones en fait, de fait, l'ouvrage de cours le plus répandu du domaine — une place documentée par les programmes des écoles, non un jugement de valeur.

Un manuel scolaire au sens noble du terme

La Théorie d'horlogerie n'est pas un beau livre à feuilleter, ni un traité savant réservé aux ingénieurs de calibre. C'est un manuel d'apprentissage, écrit par des professeurs pour être lu chapitre après chapitre, en parallèle des semaines passées à l'établi. Charles-André Reymondin en a posé les fondations dans les années 1990 ; les éditions successives — corrigées et enrichies par Georges Monnier, Vincent Jeanneret et Didier Pelaratti — ont accompagné trente ans d'évolution des programmes CFC. L'édition 2022 intègre notamment les échappements récents, les spiraux en silicium et les nouvelles générations d'huiles synthétiques.

Le ton est neutre, technique, dépouillé de tout romantisme. Chaque notion arrive dans l'ordre logique où un apprenti la rencontre : d'abord le vocabulaire, ensuite la fonction, ensuite le geste. Le lecteur ne « lit » pas ce livre au sens narratif — il l'étudie, il y revient, il l'annote.

Ce que l'on trouve à l'intérieur

Les 376 pages couvrent la totalité de l'anatomie d'un mouvement mécanique et de son fonctionnement. On y trouve le rouage de finissage (barillet, roue de centre, moyenne, seconde, échappement), l'organe réglant (balancier, spiral, raquette), les échappements (à ancre suisse, à cylindre, à détente, coaxial), le mécanisme de remontage et de mise à l'heure, les complications simples (quantième, chronographe à roue à colonnes, réserve de marche), et l'introduction aux automatismes (rotor unidirectionnel, bidirectionnel, inverseur à cliquets).

Chaque section combine trois registres : un texte descriptif court, un vocabulaire technique rigoureux (avec les termes suisses officiels — tigeron, rochet, cliquet, chaton, encageage) et une iconographie très dense. Le livre contient plusieurs centaines d'illustrations et de dessins techniques en coupe, dont beaucoup ont été redessinés spécifiquement pour l'enseignement : on y voit exactement le trajet d'une dent de roue d'échappement dans les palettes, la géométrie d'une virole, ou la coupe d'un chaton serti. C'est cette iconographie qui fait la réputation de l'ouvrage.

À qui s'adresse-t-il vraiment ?

Le public premier est l'apprenti CFC ou l'étudiant CAP en première ou deuxième année. Le livre suppose que l'on manipule un mouvement à côté : il décrit, il ne montre pas en vidéo, et son abstraction devient limpide dès que l'on tient un ETA 6497 démonté sous les yeux. Utilisé seul, il peut sembler austère à un débutant complet.

Le second public — souvent oublié — est le passionné adulte en reconversion ou l'autodidacte sérieux. Pour eux, Reymondin est le passage obligé pour poser un vocabulaire commun avec les professionnels. Impossible de discuter avec un horloger, de lire un devis de révision, ou de comprendre une fiche technique de mouvement sans avoir intégré ce lexique. Le livre reste enfin une référence de bureau pour tout horloger en exercice qui cherche à vérifier une définition ou à retrouver un schéma précis.

Ses forces, ses limites

La force de la Théorie d'horlogerie, c'est sa cohérence : un vocabulaire unifié, une progression pédagogique éprouvée par les écoles, une neutralité vis-à-vis des marques (aucun favoritisme pour un fabricant), et une exhaustivité inégalée en français. Aucun autre ouvrage francophone ne couvre l'ensemble du programme d'école avec cette rigueur.

Ses limites tiennent à sa nature même. Le livre décrit la mécanique, il n'enseigne pas le geste : rien sur la manière de tenir une brucelle, sur la force d'un tournevis dans un rubis, sur le nettoyage aux ultrasons. Un dessin en coupe montre où passe la dent d'échappement, mais pas la vitesse à laquelle elle chute ni le son que fait le rebat. Pour la dynamique et la main, il faut compléter avec L'Horloger moderne de Hans Jendritzki, avec les traités anglophones de George Daniels, ou avec un support vidéo macro capable de rendre le mouvement réel.

Questions fréquentes

Où acheter la Théorie d'horlogerie édition 2022 ?
Chez les libraires horlogers spécialisés : Watchprint (Lausanne), les Éditions Simonin, MisterChrono (France) ou Selfor Paris. Elle est également distribuée directement par la Fédération des Écoles Techniques (FET) en Suisse.

Existe-t-il une traduction anglaise ?
Non, l'ouvrage n'existe qu'en français. Les équivalents anglophones sont les Watchmakers' & Clockmakers' Encyclopaedic Dictionary et les traités de George Daniels, avec une approche différente (géométrie plutôt que vocabulaire scolaire).

Peut-on apprendre l'horlogerie uniquement avec ce livre ?
Non. Il donne la théorie et le vocabulaire, mais l'horlogerie est un métier du geste. Il faut le combiner avec de la pratique à l'établi, un mouvement-école (typiquement ETA 6497), et un support qui montre les gestes réels — un mentor, une école, ou de la vidéo macro pédagogique.

Envie de passer de la lecture à l'établi ? Le cursus Décalibre reprend l'ossature théorique de Reymondin et la met en mouvement à travers 200 modules vidéo macro haute définition : vous voyez enfin bouger ce que le livre décrit.