Décalibre
Journal de l'horloger

Dix écoles d'horlogerie suisses (Fallet & Simonin) : la bible qui manquait à la formation

Il y a des livres que l'on lit, et des livres que l'on consulte debout, sur une table d'atelier ou de bibliothèque. Dix écoles d'horlogerie suisses — Chefs-d'œuvre de savoir-faire, dirigé par Estelle Fallet et Antoine Simonin (Éditions Antoine Simonin, 2010), appartient à la seconde catégorie : ses 568 pages et ses 4 kilos en font littéralement une bible — et c'est d'ailleurs ainsi que la communauté horlogère l'a rapidement baptisé, saluant enfin un ouvrage de référence qui manquait cruellement depuis les années 1950.

Un chantier éditorial hors norme

Antoine Simonin, éditeur historique et ancien directeur du WOSTEP, portait ce projet dans le cœur depuis dix ans. Il aura fallu plus de quatre années de travail (au lieu des deux prévues), cinq permanents et près de soixante-dix collaborateurs — historiens, conservateurs de musée, écoles, archivistes — pour boucler l'ouvrage. Estelle Fallet, conservatrice au Musée d'art et d'histoire de Genève, spécialiste reconnue de l'histoire horlogère, en a assuré la direction scientifique. Le livre prolonge deux expositions majeures : celle du Musée d'art et d'histoire de Genève (2008) et celle du Musée de l'Hôtel-Dieu de Porrentruy (2009).

Le résultat : plus de 1 400 photographies en couleurs sur papier couché, une couture au fil sous couverture cartonnée laminée, et une iconographie qui fait autorité — calibres, montres-écoles, plans d'établi, dessins techniques, outillage, portraits d'élèves et de maîtres.

Dix écoles, dix territoires, une même mission

Le livre est structuré en dix chapitres, un par établissement, qui retracent chacun l'histoire d'une école créée au milieu du XIXᵉ siècle et illustrent, par un véritable catalogue, les calibres, montres, dessins et outils qui y ont été produits. Les dix écoles couvertes dessinent la géographie complète de la formation horlogère suisse :

  • Genève — la plus ancienne, née de la tradition cabinotière.
  • La Vallée de Joux — l'école du Sentier, formée au contact des grandes manufactures.
  • Fleurier, Le Locle, La Chaux-de-Fonds, Neuchâtel — le cœur du canton horloger, chacune avec sa personnalité pédagogique.
  • Saint-Imier, Bienne, Soleure — l'arc jurassien et l'ouverture vers l'industrie.
  • Porrentruy — l'école jurassienne, longtemps la plus septentrionale.

Chaque école a répondu à sa manière à la même exigence : former des horlogers complets — capables de comprendre un calibre entier, de tourner une pièce, de tracer un plan, d'ajuster un échappement — au moment même où l'industrie basculait vers la division du travail. Cette tension entre polyvalence artisanale et spécialisation industrielle traverse tout le livre.

La montre-école, objet historique unique

Le fil rouge de l'ouvrage, ce sont les montres-écoles : ces pièces réalisées par les élèves en fin de cursus, souvent au terme de deux à quatre années, et qui servent à la fois d'examen final, de démonstration de savoir-faire et de témoin muséal. Chaque montre-école raconte, dans ses proportions, sa décoration, son échappement, ses complications, un état précis de l'enseignement à un moment donné.

Fallet montre magnifiquement comment ces objets constituent une source historique de premier ordre : à travers eux, on lit l'adaptation progressive des écoles aux exigences industrielles, l'apparition de nouvelles technologies (échappements, spiraux Nivarox, chronographes, complications), et l'évolution du geste horloger lui-même. C'est une histoire de l'horlogerie suisse racontée par ses écoles — angle original et jamais traité auparavant avec cette ampleur.

Un ouvrage de référence, pas un livre de chevet

Simonin le dit lui-même avec humour : « C'est clair, ce livre est une référence, mais peut difficilement se lire au lit. Avec ses 4 kg, ce serait assez inconfortable ! » Dix écoles d'horlogerie suisses se consulte comme un dictionnaire raisonné : on l'ouvre pour retrouver l'histoire d'une école précise, identifier un calibre-école, comprendre un outil, ou situer un maître dans sa lignée. C'est l'ouvrage que tout formateur, tout élève d'école d'horlogerie, tout historien ou tout collectionneur sérieux doit avoir à portée de main.

Il renouvelle en profondeur la bibliographie francophone, dont les dernières références datent des années 1950, et fait désormais autorité auprès des musées, des écoles (CFC/CAP) et des manufactures.

Questions fréquentes

Où acheter Dix écoles d'horlogerie suisses ?
L'ouvrage est édité par les Éditions Antoine Simonin (Neuchâtel), qui en assurent la distribution directe. Il est également disponible chez les libraires horlogers spécialisés (Watchprint, MisterChrono) et dans certaines librairies de musées horlogers suisses. Édition unique en français, 2010.

À qui s'adresse cet ouvrage ?
Aux formateurs, élèves et anciens élèves des écoles d'horlogerie (CFC, CAP, WOSTEP), aux historiens de l'industrie, aux conservateurs de musée, aux collectionneurs de montres-écoles et à tout amateur éclairé qui souhaite comprendre comment le savoir-faire horloger suisse s'est transmis pendant 150 ans. Le niveau est exigeant mais l'iconographie très abondante rend l'ouvrage accessible à un lecteur passionné non spécialiste.

Quelles sont les dix écoles couvertes ?
Genève, la Vallée de Joux (Le Sentier), Fleurier, Le Locle, La Chaux-de-Fonds, Neuchâtel, Saint-Imier, Bienne, Soleure et Porrentruy. Chaque école dispose d'un chapitre complet retraçant son histoire et présentant un catalogue de ses productions pédagogiques (calibres, montres-écoles, dessins, outils).

Envie de prolonger la lecture par la pratique ? Le cursus Décalibre s'inscrit dans l'héritage direct de ces dix écoles : mêmes gestes, même exigence de compréhension du calibre entier, mais en format vidéo macro haute définition — pour ceux qui n'ont pas pu s'inscrire à Genève, au Locle ou au Sentier.