Un chronographe est une montre qui, en plus de donner l'heure, mesure des temps courts avec au moins une aiguille supplémentaire. Cette aiguille démarre, s'arrête et revient à zéro sur simple pression d'un poussoir, sans troubler la marche de la montre. Trois organes font le travail : une commande, un embrayage et un dispositif de remise à zéro.
Trois pressions, trois ordres
Appuyez une fois, l'aiguille part. Une deuxième fois, elle s'arrête. Le poussoir de remise à zéro la ramène à midi. Selon la Fondation Haute Horlogerie, ces ordres passent par un système de commande fait de poussoirs, de leviers et d'une roue de commande. Ce système pilote un embrayage, qui relie le chronographe au rouage de la montre ou l'en sépare.
Le geste paraît simple au poignet. Dans le mouvement, il met en branle une petite chorégraphie de leviers qui doivent agir dans un ordre précis, à chaque fois.
La roue à colonnes, chef d'orchestre traditionnel
La roue à colonnes coordonne les phases du chronographe : départ, arrêt et retour à zéro. Elle porte une couronne de petits piliers. À chaque pression, elle avance d'un cran, et les becs des leviers tombent entre deux colonnes ou se posent dessus. Ouvrez le fond d'un chronographe qui en est équipé : c'est souvent la pièce que l'œil trouve en premier, avec son chapeau poli.
La même source indique que dans les chronographes de qualité courante, cette roue est remplacée par un système à came, que la Fondation qualifie de « plus rationnel ». Une came est une pièce découpée dont le profil guide les leviers. Elle remplit la même fonction de commande avec une construction plus simple à produire.
L'embrayage : horizontal ou vertical
La Fondation Haute Horlogerie distingue deux familles. L'embrayage horizontal, appelé aussi latéral, rapproche des roues dentées côte à côte pour transmettre le mouvement. L'embrayage vertical accouple des pièces superposées sur un même axe. Dans les deux cas, le principe ne change pas : tant que l'embrayage est ouvert, l'aiguille du chronographe reste immobile pendant que la montre continue de battre.
Marteaux et cœurs : le retour à zéro
Pour ramener les aiguilles à leur point de départ, des « marteaux » viennent appuyer sur des « cœurs de remise à zéro » fixés sur les axes des aiguilles du chronographe. Le cœur porte bien son nom : sa forme fait que le marteau, où qu'il frappe, le fait tourner jusqu'à la même position. C'est ce profil qui ramène l'aiguille pile à midi, quelle que soit la durée mesurée.
Lire les compteurs
La grande aiguille des secondes du chronographe est souvent placée au centre, pour être lue facilement. Elle avance au rythme du balancier-spiral : la Fondation donne l'exemple de 6 sauts par seconde à 3 Hz, ou 10 à 5 Hz. Les compteurs totalisent ensuite les minutes et, parfois, les heures mesurées.
Le compteur des minutes peut avancer de trois façons : de manière « traînante », lentement et en continu ; « demi-instantanée », entraîné par un doigt vers la 58ᵉ seconde ; ou « instantanée », en sautant d'un coup au passage de la 60ᵉ seconde. Regarder ce compteur au moment où la trotteuse boucle son tour est un bon moyen d'identifier la construction d'une montre sans l'ouvrir.
Intégré ou modulaire
Le mécanisme peut être intégré au mouvement ou ajouté par-dessus sous la forme d'un module, appelé aussi « planche ». La Fondation décrit la solution intégrée comme plus noble et plus coûteuse à développer ; le module permet de partir d'un mouvement de base unique, auquel on adapte différentes complications.
Un peu d'histoire
En 1816, le Parisien Louis Moinet met au point son « compteur de tierces », qui affiche le soixantième de seconde. En 1821, Nicolas Mathieu Rieussec présente lors d'un concours hippique un appareil qui dépose une goutte d'encre sur un cadran tournant : d'où le mot « chronographe », « écrire le temps ». La première version moderne, avec démarrage, arrêt et remise à zéro, naît vers 1861 à la Vallée de Joux, des mains d'Henri-Ferréol Piguet. En 1969 arrivent les premiers chronographes automatiques, dont le Chronomatic et l'El Primero de Zenith (Fondation Haute Horlogerie).
Questions fréquentes
Pourquoi la trotteuse du chronographe avance-t-elle par petits sauts ?
Parce qu'elle suit le rythme du balancier-spiral : 6 sauts par seconde à 3 Hz, 10 à 5 Hz, selon la Fondation Haute Horlogerie.
Un chronographe est-il forcément précis ?
La Fondation Haute Horlogerie précise que la précision des temps relevés n'est garantie que si la montre a satisfait aux critères du label chronomètre. Notre article chronographe ou chronomètre détaille la différence.
Pour aller plus loin
Le module Chronographe de l'École décompose ce mécanisme pièce par pièce, et le module Chronographe flyback montre comment on relance une mesure d'une seule pression. Pour comprendre ce qui fait battre la trotteuse, lisez notre article sur le balancier, puis rejoignez l'École Décalibre.
