Module thématique transversal · Breguet, George Daniels, Kari Voutilainen & Laurent Ferrier
De l'ancre de Thomas Mudge (vers 1755) à l'échappement naturel de Breguet (1789), du co-axial de George Daniels (1974–1975) aux impulsions directes de Voutilainen et de Laurent Ferrier (silicium et LIGA) : deux siècles de quête d'un échappement à moindre frottement.
v. 1755
Le standard séculaire & le péché originel de l'ancre suisse
Inventé par Thomas Mudge vers 1755 et fiabilisé au XIXᵉ siècle, l'échappement à ancre suisse équipe aujourd'hui la quasi-totalité des montres mécaniques. Son principe repose sur une ancre munie de deux palettes en rubis qui bloquent et libèrent alternativement les dents de la roue d'échappement.
Mais ce standard souffre d'une faiblesse que George Daniels s'est attaché à supprimer : le contact s'effectue par glissement de la palette sur le plan incliné de la dent. Ce frottement génère des pertes d'énergie et exige une lubrification par goutte d'huile.
Or toute huile horlogère s'oxyde, sèche, migre et s'encrasse avec le temps : l'amplitude du balancier dérive, et la révision devient obligatoire.
1789
La géniale intuition de l'échappement naturel de Breguet
Pour s'affranchir de la dépendance mortelle aux huiles du XVIIIᵉ siècle, Abraham-Louis Breguet invente en 1789 l'Échappement Naturel : deux roues d'échappement engrenées l'une dans l'autre transmettent des impulsions directes et tangentielles au balancier, alternativement dans les deux sens de son oscillation.
L'ancre ne sert plus qu'à verrouiller le système, sans glissement abrasif : sans frottement de palette, le mécanisme fonctionne en théorie sans huile.
Les tolérances de fabrication de l'époque et le jeu des engrenages rattrapèrent cependant l'invention : trop complexe et fragile à réaliser à la main, l'échappement naturel ne fut réservé qu'à un petit nombre des meilleurs garde-temps de Breguet.
1974–75
La révolution co-axiale de George Daniels
Presque deux siècles plus tard, le maître horloger britannique George Daniels met au point en 1974–1975 l'échappement co-axial, qu'il fait ensuite breveter.
En superposant deux roues d'échappement sur le même axe et en séparant la fonction de verrouillage de celle d'impulsion, Daniels transforme le glissement en une poussée radiale quasi instantanée : le frottement de glissement devient quasi nul, la marche gagne en stabilité et les intervalles de service s'allongent.
Adopté et industrialisé par Omega à partir de 1999 (calibre 2500), le co-axial est souvent présenté comme la première alternative à l'ancre suisse produite en grande série.
XXIᵉ
La renaissance contemporaine par les indépendants & le silicium
Au XXIᵉ siècle, la scène indépendante s'empare de cette idée. Kari Voutilainen réinterprète l'échappement naturel avec son calibre Vingt-8, présenté en 2011, dont le balancier reçoit deux impulsions directes par oscillation ; Laurent Ferrier présente la même année son calibre FBN 229.01, doté d'un échappement naturel à double impulsion directe.
Enfin, le silicium monocristallin, gravé au micron par gravure ionique réactive profonde (DRIE), change la donne : amagnétique, léger et à très faible frottement, il permet de réaliser des géométries d'impulsion directe capables de se passer de lubrification, comme chez Laurent Ferrier (roues en nickel-phosphore LIGA, levier en silicium).